Prise de Foulard

 

Il y a quelques mois, lorsque plusieurs Foulards Blancs m'ont demandé si je revenais à Lourdes cet été, 2 phrases ce sont imposées à mon esprit : « Servir c'est aimer en actes, A chaque instant, aimes ce que tu fais, avant de faire ce que tu aimes » et « Voulez-vous me faire la grâce de venir ici pendant 15 jours ? »

 

« Servir, c'est aimer en actes. A chaque instant, aimes ce que tu fais, avant de faire ce que tu aimes »

Cette phrase m'a été dite pour la 1ère fois il y a quelques années à ma prise de flot vert puis une 2nde fois quelques mois après à ma Parole de Feu. Elle pourrait m'être dite à nouveau ce soir.

« Servir, c'est aimer en actes » N'est-ce pas une façon de résumer notre présence ici ?

Nous venons nous mettre au service de nos frères et sœurs malades mais les servir, c'est voir en eux le Christ, et les aimer comme le Christ les aime. Le Christ, lui-même, nous le dit : « ce que vous faites au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous le faites » (Mt 25,40). Servir notre prochain, c'est servir le Christ.

J'ai envie de reformuler cette phrase du cérémonial de la Parole de Feu en « Servir, c'est aimer en actes. A chaque instant, aimes ceux que tu sers avant de servir ceux que tu aimes »

Aimer le Christ pour pouvoir aimer notre prochain ; aimer notre prochain pour pouvoir aimer le Christ.

 

« Voulez-vous me faire la grâce de venir ici pendant 15 jours ? ».

Cette question posée par la Vierge à la petite Bernadette nous est posée chaque année et en venant servir à Lourdes, nous répondons à notre tour à cet appel de la Vierge.

La Vierge est celle que l'on appelle l'Humble servante. Qui mieux qu'elle peut nous apprendre à servir avec humilité ?

La Vierge est celle qui est restée fidèle au pied de la croix. Qui mieux qu'elle peut nous montrer ce chemin de la fidélité ?

« Prier c'est se laisser aimer » nous dit un philosophe du XXème siècle. S'il y a bien un lieu où nous prions la Vierge c'est Lourdes ! Prier la Vierge pour se laisser aimer par elle. Se laisser aimer par Marie pour pouvoir aimer son Fils. Aimer le Christ pour pouvoir aimer et servir les malades.

 

Alors, oui, ce soir, je demande à recevoir mon Foulard Blanc parce que servir, c'est aimer en actes et qu'à chaque instant, je veux aimer ceux que je sers avant de servir ceux que j'aime pour devenir à mon tour, à l'image de la Vierge, une humble servante.

 

Marine

15 août 2014

    

 

                                      

 

Été 2010, tandis que je rentrais d'Avignon, ma sœur revenait de Lourdes. Pendant quelques années, je l'ai vu revenir fatiguée mais rayonnante de cette semaine. Un jour, elle a déménagé en Irlande, je ne la voyais plus beaucoup. Alors j'ai décidé d'aller à Lourdes avec elle pour que l'on passe une semaine ensemble. J'avais peur de rencontrer les malades, de ne pas savoir quoi dire ou quoi faire. Mais j'y suis allée, parce que je voulais la voir.

 

Donc, un jour de juillet j'ai pris un train qui m'a déposé au Mans où je l'ai retrouvé pour qu'ensemble nous fassions le voyage avec FM, un Foulard Blanc de la Permanence de Grenoble. Je me suis faite toute petite pendant le voyage, pas très à l'aise. Je me suis faite toute petite à Lourdes, un peu perdue parmi la soixantaine de scouts venus cet été-là. Les malades sont arrivés, une longue procession de bus et un grand ballet de valises. Je les regarde descendre, j'appréhende de m'approcher, que dire, que faire ? Je transporte les sacs, la manutention me semble plus facile. Puis on a besoin de bras pour aider quelqu'un à monter. Je mets en application la démonstration que Clémence, la Chef de permanence nous a fait quelques minutes avant. Je me présente, aide la dame à s'asseoir sur la chaise bleue, pose ma main sur son épaule et doucement, la bascule en arrière puis roule jusqu'aux ascenseurs ! Je n'en mène pas large, mais je me fais rassurante. Et tout se passe bien, on arrive dans la chambre, je l'aide à descendre, quelques mots s'échangent puis je retourne aider. Le pèlerinage 2013 de Grenoble a commencé.

 

On a vécu beaucoup de moments forts. Il a fait chaud, on est allés à la grotte, il a plût, on est tombé malade, on a discuté, on a rit, on a prié. Puis la permanence s'est achevée. Je suis repartie en train pour aller chez une amie. Il m'a fallut quelques jours pour réussir à revenir à la réalité. J'avais acquis la certitude que je devais y retourner l'été suivant.

Ainsi soit-il, été 2014. Une quarantaine d'inscrits. La même appréhension lorsque les bus arrivent, les mêmes doutes, les mêmes craintes. J'ai encore beaucoup à apprendre. Marie, une Foulard Blanc, me demande de veiller particulièrement sur Denise pendant ce pèlerinage. A chaque déplacements, je retrouvais cette dame pour l'aider avec son fauteuil et lui parlait en l'emmenant au sanctuaire. J'étais contente de pouvoir nouer un lien privilégié avec une personne. Nous avons eu de belles conversations. Denise m'a aidé, sans vraiment le savoir je pense, à prendre une décision importante : grâce à ces quelques jours, j'ai décidé de demander mon foulard blanc.

 

Je voulais pouvoir le porter, et avec lui, m'engager à revenir à Lourdes, prendre part à la vie active de la communauté en ayant un service à rendre auprès des scouts. Je voulais le porter pour recevoir avec lui la mission de veiller sur les malades. Je voulais le porter pour symboliser mon amour à la Vierge Marie. J'avais peur de le demander, mais je savais que je le devais, que j'y aspirais. J'avais peur de ne pas en être digne, mais ce n'est pas à moi d'en juger, alors, depuis que la Communauté a décidé de me le remettre, je fais de mon mieux pour le garder immaculé.

 

Ainsi, en 2015, je revenais à Lourdes pour la troisième fois, portant ce foulard blanc. Mission intendance avec Maéva, à nous la responsabilité de la vingtaine d'estomacs donnant force à la quarantaine de bras qui servent nos frères malades ! Les scouts partent en exploration, nous faisons les premières grosses courses, les yeux de la caissière devant nos deux chariots débordant ... un régal ! Le lendemain, c'est le manège des bus qui commence. Deux ans après ma première permanence, j'ai toujours cette même appréhension. Mais cet été là, un scout vient vers moi. Il a l'air soucieux, les yeux un peu troubles. Il vient d'accompagner un pèlerin à l'étage. Le premier contact l'a bouleversé, je pense qu'il ne sait pas encore que c'est positif. On discute, et ensemble, nous accompagnons un homme en fauteuil. Ensemble.

 

Car Lourdes, c'est avant tout la fraternité. Fraternité avec les malades, fraternité avec les scouts, fraternité entre les mouvements. Ce jour-là, grâce à ce scout, je suis pleinement devenue foulard blanc. Le soir, un Ave Maria s'élève face à la grotte, nous sommes réunis, une grande famille. J'ai le cœur qui gonfle et l'âme qui s'élève. C'est beau, c'est grand.

Un soir de juin 2009, lors de ma Promesse, on me posait cette question : « Combien de temps es-tu prête à servir ? » aujourd'hui plus que jamais, je réponds : « S'il plaît à Dieu, toujours. »

 

                                                                                                                                                                                                                                 Mathilde, FB. 



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